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Jeux de dupes et dialogue de sourds ( Percy )

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Magnuscitizen
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Profil Académie Waverly
Mer 25 Juil - 20:56
Il n'avait eu aucun problème à s'adapter à la danse lascive de la lune et du soleil, qui n'osent faire corps à corps que lors de rares éclipses intimes. Après tout, avant qu'une force mystérieuse ne l'attire à elle, sur cette île jonchée d'espoirs avortés et de cadavres encore frais, il était déjà habitué à se mettre en marche dès l'aube chantante et à faire profil bas dès que la nuit coulait sur le bitume ombragé. Sans doute le seul avantage d'errer dans les labyrinthes urbains : on apprend vite à vivre en marge des bien-pensants et à s'abandonner à la nature. Quoique. Au moins, à Stockholm, les étincelles généreuses et électriques des lampadaires enflammaient les nuits frileuses d'une lumière souvent salvatrice. Ici-bas, seules de timides constellations leur faisaient grâce d'un peu de clarté. Lorsque l'insomnie avait ses serres renfermées sur sa gorge, Magnus allait se perdre dans les tréfonds de la zone contrôlée - malgré ce que les autres pouvaient penser, il n'était pas suicidaire, sinon, il en aurait fini depuis un bon moment déjà - et s'amusait à discerner une carte du ciel épars. Parfois, il se sentait comme un grand scientifique, mais son manque cruel de vocabulaire technique et les clapotis spongieux de sa canne de fortune dans la boue le ramenaient très vite à la réalité. Il pouvait avoir son regard rivé vers les cieux, cela ne changerait rien au fait que le maître de ce royaume ne voulait en aucun cas de lui et qu'il avait les deux pieds dans la merde.

Magnus laissa échapper un rire méprisant. Il commençait à ricaner tout seul... Voilà qui était mauvais signe. Peut-être était-il tout simplement plus fragile qu'il ne le pensait. Peut-être que la folie le guettait, dissimulée quelque part dans le bric-à-brac désordonné de ses pensées qui s'enchevêtraient, incapables de s'exprimer car quand il s'agissait de sentiments, il était comme muet. En fin de compte, il aurait dû écouter Tess. Mais Magnus était bien trop orgueilleux pour l'admettre de sitôt. De toute façon, il recherchait la solitude avec dévotion car seule celle-ci pourrait réellement vouloir de lui. L'isolement était si doux. On était jamais déçu de rien ni de personne. C'était donc dans cet optique qu'il avait parcouru le chemin jusqu'à la crique de cristal. Voilà un endroit que l'on pouvait aisément qualifier d'agréable, voire même de paradisiaque. Il l'aurait sans doute été s'il ne se trouvait pas sur NIL. Pas de chance, cette enclave sans fond à la surface aussi lisse qu'un miroir n'était qu'un des quelques réceptacles du nectar de l'île. Le soleil, paresseux, semblait être reluctant à l'idée d'abandonner sa suprématie passagère. Magnus pouvait le comprendre : l'astre vénérien était sans doute désespéré de ne pouvoir frôler la lune paisible qui lui volait sa place chaque nuit. Hécate et Hélios, les amants maudits originels. Ces petits cons de Roméo et Juliette n'avaient rien inventé.

Ses paupières étaient closes alors qu'il se laissait glisser dans l'eau. Chose rare, son visage était parfaitement détendu, si bien que pour une fois, il paraissait son âge. Il avait abandonné ses vêtements sur la rive, comme une offrande, comme un supplication, comme un appel au cessez-le-feu. Il aurait certainement dû être plus avisé et prendre des précautions, mais il n'avait aucune envie de devoir partager cet instant avec quelqu'un d'autre. Au fond de lui, un instinct prématuré lui martelait avec certitude que NIL le laisserait tranquille, ce soir. Dès que la nuit chuterait, il rentrerait au camp. Il n'était pas fou. Pas encore. Seuls les vagues bruissements de ses mouvements souples troublaient le silence. Même sa jambe capricieuse s'était tue. Tout était paisible. Il attrapa le savon et commença à frotter ses cheveux parsemés de sable et de poussière. Pour être honnête, il se sentait encore plus répugnant que lorsqu'il (sur)vivait dans la rue. Comme si une seconde peau étroite et poisseuse lui collait au corps, tel un linceul que NIL aurait négligemment drapé autour de ses épaules osseuses. Des doigts arachnéens caressaient son cuir chevelu. S'il avait été plus jeune, il se serait amusé à imaginer qu'ils appartenaient à quelqu'un d'autre. Mais Magnus n'était plus aussi imaginatif, malheureusement.

Comme un coup de poignard, l'agonie d'une branche déchira le silence dans lequel il s'était lové avec plaisir. Ses yeux s'ouvrirent aussitôt et il coula le long du sable qui bordait la crique, la tête tournée vers le bruit. Ce n'était qu'un homme. A Stockholm, il se serait sentit menacé. Pas ici. Ici, la violence émanait d'ailleurs. Les hommes n'avaient pas assez de temps à perdre pour continuer à s'entre-déchirer. Quoique. Y'avait des cons partout. Lui, par exemple. D'ailleurs, l'air agacé qui venait de se peindre sur son visage fermé n'avait rien d’accueillant. Ses yeux à la fois inquisiteurs et timides survolèrent Percy comme s'ils ne voulaient pas réellement le voir. Le brun au teint olivâtre présentait bien, il fallait l'admettre : sa carrure forçait l'admiration et il n'avait pas l'air malade, comme beaucoup d'autres sur l'île. Son aîné s'avança prudemment : alors que Magnus s'était tendu brusquement, lui semblait totalement relâché. Bizarre. La présence de Magnus n'avait rien de rassurant. Au mieux, Percy pourrait le sacrifier à NIL en cas d'attaque, mais cela s'arrêtait là. Le suédois passa une langue pointue sur ses lèvres gercées. Ses conversations avec Nokomis avaient considérablement amélioré la qualité de son anglais et il ne bafouillait plus comme il le faisait si pitoyablement à ses débuts sur l'île.

" Et bien, Percy ? Tu me suis ? " le questionna t-il sur un ton à la fois pernicieux et désinvolte.

Il se doutait bien que la présence de Percy n'était que pure coïncidence, mais depuis quelques jours, celui-ci semblait le traquer dans tous les recoins de la cité afin de lui secouer les puces.

"Oh." Il marqua une pause, feignit l'incompréhension, puis l'amusement. " Tu veux me voir à poil, c'est ça ? Suffisait de demander. M'enfin, tu sais, j'suis infirme, pas désespéré. " poursuivit-il.

Décidément, il faisait honneur à la fameuse immaturité qui entachait la réputations des jeunes hommes. Percy était un bellâtre. Peut-être que ce genre d'insinuation l'agacerait prodigieusement, au point qu'il lui foutrait la paix.

Dans un monde meilleur, certainement.

" J'imagine que tu ne partiras pas, même si je te le demande de façon aimable et distinguée ? " cracha t-il, avant de se retourner, boudeur.
  
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Percycitizen
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Ven 27 Juil - 12:06

Jeux de dupes et dialogues de sourds
Magnus

« Il n’y a pas de témoin plus redoutable, pas d’accusateur plus implacable, que la conscience qui sommeille en chaque homme. » Polybius
Un jour de pause. C'était rare, mais ça pouvait arriver. Même si un jour de pause ne l'était pas comme on l'entendait sur Terre. Du moins pas là d'où je viens. En Californie, lors d'un day off, tu es libéré de ton travail et peut profiter pleinement de glander chez toi, de sortir avec tes amis, de laisser libre arbitre à tes passions. En temps normal, je serais parti surfer sur les vagues de ma plage préférée. Ou j'aurais profité d'un moment familial avec ma soeur.
Ici, nous n'avions pas vraiment la même définition d'un day off. J'avais congé simplement parce que j'avais ramené suffisamment de poissons les jours précédents pour m'octroyer un peu de pause aujourd'hui. Mais ça ne voulait pas dire grasse matinée et surf: je devais aider ceux qui en avaient besoin dans la Cité notamment.  C'est en y errant à la recherche de quelqu'un à qui porter main forte qu'une artisane me héla. Je m'approchai et elle me confia la mission de lui rapporter une certaine plante qui poussait aux abords de la Crique de Cristal.
-J'te ramène ça Elsa, t'inquiète.

Le soleil déclinait déjà dans le ciel quand je parvins à la dite crique. Celle-ci était toujours aussi belle. Je prenais toujours plaisir à venir, bien que les occasions étaient rares. J'avais peu de temps libre malheureusement. Je ne pouvais pas en prendre pour m'extasier devant la beauté de Nil. Cette dernière allait probablement creuser ma tombe, alors je ne voulais pas perdre trop de temps à la contempler. Elle réussirait encore à s'en vanter. Absorbé par la beauté de la crique, je faillis ne pas remarquer celui qui s'y baignait. Dans la lumière déclinante, je plissai les yeux sur cette silhouette cachée dans une ombre. Il s'agissait de Magnus, à poil, qui prenait visiblement un moment de libre. Depuis combien de temps était-il là ? Vraiment, nous n'avions pas tous la même définition de day off. Magnus n'avait rien de méchant, du moins, je ne pouvais pas lui en vouloir puisqu'il était comme moi à mon arrivée. Ou du moins, nous avions beaucoup de points communs et en le voyant, je me revoyais quelques années plus tôt. J'avais rapidement évolué sur Nil, mais ça n'était pas le cas de tout le monde...

Alors, Magnus me demanda si je le suivais de manière totalement désinvolte. Je roulai les yeux au ciel. Peut-être pouvait-il penser cela car en effet, quand je le voyais dans toute l'oisiveté dont il pouvait faire preuve, je ne pouvais m'empêcher de le reprendre. Ou alors, il se ferait rapidement virer d'ici s'il continuait à agir ainsi. Et vu la suite de ses tirades, je n'étais pas le bienvenue en ce lieu. Malheureusement pour lui, la crique n'était pas sa propriété privée et ça n'était pas en m'envoyant ses pics que j'allais coopérer.
-Je suis loin d'être désespéré aussi, tu vas devoir te faire à cette idée. Et puis, nous avions tous déjà vu des mecs à poil. J'étais assez sûr de mon orientation pour être certain de ne jamais vouloir me tourner vers cette option. J'vois que tu prends du bon temps en tout cas. T'as rien à foutre de mieux ? Ouais, en plus de me prendre pour un con, il commençait à me peser. Je savais bien qu'il avait un problème à sa jambe, et j'avais justement l'impression qu'il en jouait pour se libérer de ses tâches.
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Magnuscitizen
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Mer 8 Aoû - 16:44
Plus Percy s’approchait, plus Magnus se laissait couler dans l’eau translucide, jusqu’à ce que son menton où poussait une barbe douteuse fut immergé. On aurait pu croire que cette attitude fuyante n’était que le fruit d’une timidité juvénile, mais que nenni : Magnus espérait juste que le pêcheur le laisse en paix. C’était visiblement mal parti. Le jeune homme avait reporté son regard vers l’extrémité de la crique, là où le crépuscule avait déjà commencé à imposer sa loi. Les eaux placides reflétaient un kaléidoscope aux couleurs presque radioactives alors que des nuages chassaient avec impétuosité les derniers éclats bleutés d’un ciel vierge. Il se sentait comme privilégié, face à la beauté fugitive propre à l’instant. Dommage que Percy eût ressenti le besoin visiblement viscéral de persévérer dans son rôle de parent réprobateur. Magnus secoua ses épaules dans un geste incontrôlable. Il avait toujours eu des tics, plus ou moins conscients selon les périodes : quand il était encore sous la coupe de ses parents, son corps était fourbu de tremblements et autres agitations. Une fois dans la rue, il s’était un peu calmé. Bien heureusement, d’ailleurs.

La réponse à ses angoisses n'était en aucun cas une tendance à la contemplation : non, Magnus agissait, souvent pour le pire, d'ailleurs. Néanmoins, il s'était laissé aller à la réflexion, cet après-midi. Il avait passé des heures à mener quelques expériences de chimie obscures, à faire fondre de la chair de noix de coco afin de voir si elle pouvait constituer une protection suffisante face au soleil. Magnus savait qu'il manquait des ingrédients afin que celle-ci soit efficace : il lui faudrait une vitamine quelconque, mais il ignorait quel fruit pourrait la lui procurer. Du beurre de karité était nécessaire, mais là encore, il faudrait le fabriquer, et ceci seulement si l'arbre de karité était présent sur l'île. Ce qui lui donnerait une indication assez révélatrice de la localisation de leur prison, par ailleurs. Cependant, il avait remarqué que sa peau se refroidissait considérablement une fois la chair de coco appliquée : c'était un bon début.

Il se permit donc de lever un sourcil lorsque le brun le rabroua sur son oisiveté. Le jugement de Percy lui importait peu, à vrai dire : Magnus faisait sa part du travail, comme tous. Il n'allait pas réclamer des tâches en plus, qu'on refuserait bien évidemment de lui donner avec un air qui transpirait la pitié. Surtout, il ne souhaitait pas croiser de nouveau le chemin de Tess, qui, malheureusement, s'avérait difficile à éviter. Elle semblait avoir du mal à comprendre qu'un artisan n'avait pas réellement besoin de ses jambes. Il pouvait très bien se débrouiller avec une seule.  Enfin. C'était ce qu'il se disait, histoire de se rassurer. Magnus se composa un air sérieux, puis plissa le nez. Il décida de ne pas rebondir sur l'insinuation de Percy : désespéré ou pas, il n'était pas assez idiot pour aller s'enticher de quelqu'un qui risquait de se faire faucher par NIL quelques jours plus tard. Le refus de l'attachement et de l'intimité faisait parti de son instinct de survie. Une fois de plus, ce qu'il avait appris dans la rue lui servait sur l'île. Peut-être qu'il devrait se montrer reconnaissant, au final. Il commença à se savonner et rétorqua :

" Du bon temps, du bon temps... N’exagérons rien. Disons que je profite de cet instant de solitude pour rincer, euh... le fruit de mes expériences de cet après-midi."

Même s'il ne s'était pas retourné - qu'est-ce qu'il en avait à foutre, après tout ? - il soupçonnait déjà l'air consterné de Percy.

" J'essaye de fabriquer une sorte de crème solaire. " précisa t-il en présentant son bras marbré de coups de soleil.

" Donc, non, je n'ai rien à foutre de mieux. Et toi ? "
 demanda t-il d'un ton désintéressé.

Tout en parlant, Magnus s'était hissé hors de l'eau. Un avocatier avait attiré son attention. L'avocat était un aliment particulièrement gras et riche en vitamines en tout genre. Peut-être que s'il arrivait à en extraire de l'huile, il pourrait perfectionner sa crème, qui ressemblait pour l'instant à de la bouillie.
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Percycitizen
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Mar 21 Aoû - 17:53

Jeux de dupes et dialogues de sourds
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Si j'avais pensé un instant  trouver Magnus ici, je n'aurais jamais répondu à la demande d'aide de l'artisane. Ce jeune homme avait tout de l'attitude désinvolte qui me faisait hérisser le poil. Oisif la plupart de son temps, je me demandais s'il n'usait pas de sa jambe blessée pour justement faire encore moins de travail. C'est pour cela que lorsqu'il m'expliqua qu'il avait fait des "expériences", j'haussai un sourcil en croisant les bras sur mon torse. Je portais un vieux t-shirt fatigué aux nombreux petits trous ainsi qu'un short bien sale. Sur Nil, on n'avait pas l'occasion de soigner son physique, encore moins de faire du shopping. J'aimais prendre soin de moi dans l'autre monde, me vêtir avec style et me coiffer élégamment. Ici, on devait faire avec les moyens du bord. Des habits rapiécés, utilisés encore et encore par les différentes personnes, jusqu'à ce qu'ils soient complètement inutilisables. Mais en général, nous faisions en sorte de soigner nos affaires du mieux que l'on pouvait. Sur Nil, le moindre bout de bois taillé pouvait s'avérer être une aubaine.
Mes cheveux avaient poussé, ma barbe également. Mon teint était usé par le soleil, j'y étais tellement exposé que je ne prenais plus de coups. Comme si mon corps s'était habitué à ce temps constamment chaud et moîte, comme dans les pays proches de l'Equateur durant la mousson.

Avant que je ne questionne Magnus au sujet de ses dites expériences, il m'expliqua en quoi elles consistaient. Une crème solaire ? Voilà qui était intéressant en effet. J'avais essuyé des dizaines et des dizaines de brûlures à cause du soleil et chaque petit nouveau souffrait à cause de cela. Une crème solaire naturelle serait vraiment utile pour certains d'entre nous. Je devais l'avouer, c'était une bonne initiative.
Magnus se leva et s'approcha d'une plante qui me semblait être un avocatier. Toutes ses parties étaient à l'air et se baladaient librement entre ses jambes. Ce mec n'en avait donc réellement rien à foutre. Je me croyais bientôt sur une plage nudiste.
-Et donc, où en sont tes expériences ? T'es sur la bonne voie ? le questionnai-je.
En disant cela et le laissant admirer son avocat les fesses à l'air, je jetai un coup d'oeil autour de moi -c'était toujours mieux que le cul de Magnus- à la recherche de la plante pour laquelle j'étais venu à la base. Elsa m'avait expliqué qu'il s'agissait d'une fleur bleue qu'elle aimait appeler la fleur de cristal, car elle poussait uniquement aux abords de la crique. Normalement, une fleur bleue devrait rapidement être repérée dans cet environnement. Pourtant, je n'en voyais pas une à l'horizon. Je m'éloignai un peu de Magnus, afin de pouvoir fouiller dans les buissons à la recherche de la fleur.
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Magnuscitizen
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Dim 16 Sep - 16:26
On s'habitue à tout. Le corps se conditionne. C'est l'un des instincts de survie les plus basiques : s'adapter, pour ne pas sombrer. Faire avec. Ne pas réclamer plus. Ne rien espérer pour le lendemain. Craindre les mauvais auspices sans pour autant se laisser aller à rêver à de meilleurs jours. Magnus était un pessimiste de nature : oui, il voyait tout en noir. Et alors ? Quel était l'intérêt de redoubler de naïveté devant les atrocités latentes qui se déroulait chaque jour sous leurs yeux ? S'attendre au pire, c'était le meilleur moyen de voir venir. De s'en sortir. NIL était une maîtresse capricieuse. Le fait qu'ils ne pouvaient pas l'apercevoir en personne, seulement au détour des yeux flamboyants d'un prédateur bien trop téméraire ou dans le reflet d'une lune rouge n'avait aucune importance; elle les avait sous son joug. Le jeu était perdu d'avance, mais ils n'avaient pas d'autre choix que de s'asseoir à la table et entamer une partie.

Certes, une alternative subsistait.

Magnus avait beau ne pas voir la vie en rose, ce n'était néanmoins pas sa solution préférée.

A présent, il était pire qu'un cafard. Les jours passés à envisager sa mort prochaine étaient définitivement enterrés. Il allait se battre du mieux qu'il pouvait. Il ne sera pas le prochain à y passer. NIL pourrait lui glisser un poignard sous la gorge qu'il lui cracherait à la figure. Un bon crachat de chien enragé dans sa face purpurine de déesse sanguinaire. Il avait la niaque. Et c'était une bonne chose.

Néanmoins, s'il y avait une chose à laquelle il ne s'habituait pas, c'était bel et bien le climat poisseux de l'île. Il abhorrait cette chaleur mielleuse et collante qui faisait pourrir les fruits en un rien de temps. Cette humidité qui suintait des parois de leurs cabanes de fortune. Ces averses routinières et agressives, qui lézardaient sa peau fragile comme une attaque à l'acide. Non, le climat tropical n'était pas fait pour lui et cela se voyait : sa peau, en plus d'être marbrée de coups de soleil, pelait de toutes parts. Sa caboche souffrait du soleil putride. Il se grattait en permanence. Cela passerait probablement. Le froid glacial lui avait causé le même genre de tourments, lors de son premier hiver dans la rue.

Aujourd'hui comme dans le passé, c'était faire avec ou crever.

Cette même rengaine commençait à être lassante.

Néanmoins, ce qui ne le gênait pas le moins du monde, c'était de se promener à poil. Ah ça, pas du tout ! Et si cela déplaisait à Percy, ben... il avait qu'à dégager. Personne ne l'avait invité. Cela semblait plus le désespérer qu'autre chose, ce qui arracha un sourire à Magnus. Pour une fois qu'il était relativement de bonne humeur... Tout en sous-pesant l'avocat, il informa l'autre homme d'un air absent qui aurait presque pu paraître dédaigneux s'il n'avait pas été totalement nu :

"Il me manque un ingrédient. Enfin, plusieurs. Mais il y en a un que je n'arrive pas à identifier. "

Il fit la moue à un arbre aveugle et reprit, sarcastique :

" Qui sait, peut-être qu'un jeune savant, après ma mort tragique due à une insolation, trouvera finalement la solution. "

Il se retourna et plaça ses mains sur les hanches en observant le drôle de manège de Percy. S'il pouvait aider...

" Tu cherches quelque chose ? Après tout, comme tu dis, je suis là à me tourner les pouces depuis un 'tit moment maintenant... J'peux ptêt t'aider."
proposa t-il, comme pour enterrer la hache de guerre.


   
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