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{Magness} - Prends soin de toi et tu vivras

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Tesscitizen
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Profil Académie Waverly
Sam 14 Juil - 15:48
Prends soin de toi et tu vivras






Tu as tendance à être un peu trop prévenante avec les autres, avec les nouveaux venus sur l'île parce que tu es comme ça, parce que ton expérience veut que tu les protèges malgré une carrure frêle. Tu n'es pas bien grosse, mais tu es plus solide qu'il n'y parait. Tu fais jeune, certains pensent parfois que tu viens d'arriver ici, que tu n'as qu'une petite vingtaine d'années, mais ton regard expressif leur fait comprendre que ce n'est pas le cas, et que même si tu n'as pas l'expérience du conseil, tu en as suffisamment pour savoir ce qui est bien ou mal pour chacun. Alors bien souvent, les nouveaux venus ne font pas attention, ils ne comprennent pas vraiment ce qui se passe alors tu apparais comme un premier soutien, pour leur dire que vivre ici n'est pas simple, mais que ce n'est pas une fatalité. C'est différent de ce qu'ils ont pu connaître mais la vie ici est intéressante. Malheureusement pour certains, NIL se montre plus virulente, surtout quand ils ont la prétention de déjà tout savoir. Toi, tu es arrivée ici, à 16 ans. Tu avais quelques connaissances, mais rien d'extraordinaire. Tu as fini de grandir sur cette île, elle a fini de façonner ta façon de voir le monde. Londres, tu t'en souviens, parfois, la ville te manque, parfois non, tu ne veux plus y retourner, et puis, il y a toujours quelqu'un qui arrive de là-bas pour te dire tout un tas de choses sur la ville que tu aimerais voir de tes propres yeux. Mais ce n'est pas le cas, pas encore. Un jour peut être que tu retourneras là-bas, un jour peut être, ou alors ce ne sera jamais le cas, tu ne peux pas savoir. Et tu préfères en sourire. Alors aujourd'hui, tu décides de te rendre là où est sensé se reposer Magnus. C'est un jeune qui n'est pas là depuis longtemps qui a failli déjà y passer, mais seule sa jambe en a subi les dégâts. Il n'est pas encore apte, mais il ne veut pas d'aide alors que pourtant, un peu de datura pourrait l'aider. Sa jambe doit encore lui faire mal, mais il n'est pas là, il n'est pas à sa place, comme s'il s'amusait à provoquer un peu plus NIL. Il ne sait pas à quoi il s'attaque et même ceux qui sont là depuis longtemps ne le savent pas complètement. Pourtant, il doit bien y avoir un endroit sur l'île qui pourrait nous révéler une partie de ces secrets. Pourquoi est ce que les gens arrivent ici ? Est ce que c'est vraiment le hasard le plus complet ? Tu n'en es pas certaine, et déjà ton cerveau à élaborer de nombreuses théories. Tu as pu en rayer certaines, mais pour d'autres, c'est impossible de savoir. Alors tu cherches Magnus, tu penses savoir où le trouver. Tu veux lui faire comprendre les risques qu'il court en agissant de la sorte. Ce n'est pas si anodin qu'il le pense, et tu ne voudrais pas qu'il l'apprenne à ses dépens, plus que ce n'est déjà le cas car à ce rythme, il ne tiendra pas très longtemps ici.
 






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Magnuscitizen
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Profil Académie Waverly
Lun 16 Juil - 20:05
Cette nuit, il n'a pas réussi à trouver le sommeil. Cela ne l'étonnait même plus. Ce qui le surprendrait vraiment, c'est de s'abandonner à ce marchand de sable avare pendant plus de quelques heures. Oui, ça, ce serait nouveau. Magnus avait toujours un œil ouvert,et le bon. Cela faisait parti de sa stratégie de survie, enfin, si on pouvait appeler ça une stratégie. Pour l'instant, elle n'avait pas été si concluante que ça. Magnus se redressa en grognant, plus pour a forme que pour se plaindre d'une véritable souffrance. Cela faisait des années qu'il avait appris à camoufler sa douleur sous un masque de mauvaise humeur. Et de toute façon, ses états d'âme n'intéressaient personne, lui y-compris. Qu'est-ce que ça changerait, de toute manière ? Des palabres éplorées n’apaiseraient en aucun cas le courroux de Nil. Celle-ci le traquait avant même qu'il ne se fut habitué à son inexorable présence. Peut-être qu'il avait une odeur sucrée qui rendaient fous ses instincts de prédatrice onirique. Peut-être qu'elle n'était que le dernier recours d'une divinité acerbe qui n'avait cessé de vouloir se débarrasser de lui depuis qu'il avait foulé cette terre hostile. Un ultime crachat au visage, en somme.

Il roula des yeux, peu inquiet de l'agitation fébrile qui commençait à émaner du reste du camp, comme si des centaines de petits rongeurs galopaient dans le sable fin. Est-ce qu'on ne pouvait pas le laisser tranquille ? La blague avait assez duré, non ? Il était sans cesse le dindon de la farce, et ça commençait à lui peser. Il avait des sentiments, hein. Faudrait commencer à s'en rendre compte. L'aube avait à peine enflammé l'antre placide de Poséidon qu'il était déjà sur les nerfs. Fallait le faire. Comme à son habitude, il se leva un peu trop brutalement, sans se soucier de s'étirer ou sans ménager sa blessure qui se manifestait bien trop à son goût. Parfois, il avait si mal qu'il ne ressentait plus rien. Il avait juste l'impression de posséder une masse sourde et compacte à la place du tibia, comme si un savant fou et aveugle lui avait façonné une prothèse en cristal. C'était les bons jours. Quand sa jambe se rappelait à lui, comme un animal sauvage hurle d'agonie pour prouver que le chasseur qui le tuerait n'était pas encore né, il devait retenir ses larmes sous ses paupières de plomb.

Il était en sursis. Nil jouait avec lui, comme un chat déchire lentement les entrailles d'un moineau à peine né. Il portait un cible sanguine sur son dos. On l'avait pointé du doigt et on avait décidé qu'il serait le prochain imbécile à passer l'arme à gauche. Ceux qui n'ont jamais souffert prétendaient que le corps n'était qu'une enveloppe corporelle futile. Que la foi suffisait à occulter les malheurs. Dommage. Magnus était à cours de ferveur religieuse depuis un bon moment déjà. Mais la souffrance avait un avantage cruel et indéniable : tant qu'il aurait mal comme un chien, il saurait qu'il ne fantasmait pas sa survie. Il saurait que malgré tout, il serait encore là. Et ça, ça n'avait pas de prix. Satisfait, il s'apprêtait à partir se rafraîchir quand il réalisa que quelqu'un se tenait à l'entrée de sa tente. Encore une fois, il roula des yeux. Pas la folle aux herbes. Sérieusement ? Manquait plus que ça. Elle n'avait personne d'autre à emmerder ? Quelqu'un qui voudrait vraiment de son aide ? Elle a le syndrome de l'infirmière, murmura une voix narquoise dans un coin poussiéreux de son esprit, celui réservé à l'analyse des autres. Certainement, oui. Elle était muée par cette ignoble compassion dont personne ne voulait, par cette empathie crasse qui la menait probablement à croire que chacun se souciait obligatoirement de son prochain.  

"Tu t'es perdue ?" aboya le jeune homme en enfilant son tee-shirt qui, clairement, avait connu des jours... plus blancs.  
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Tesscitizen
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Mar 17 Juil - 16:59
Prends soin de toi et tu vivras






Il ne tiendra pas longtemps du tout, mais peut être qu'il a un tempérament suicidaire que tu n'as pas encore découvert. Tu ne le connais pas assez, c'est une certitude, mais il vient à peine de débarquer alors il est difficile de se faire une idée complète de ce qu'il est vraiment. Même ceux qui sont là depuis longtemps sont parfois imprévisibles, comme si l'île les faisait agir à sa guise pour qu'ils tombent dans son traquenard. Mais Magnus jouait déjà trop fort avec l'île, à moins que ce ne soit elle qui s'amuse avec lui plus fort qu'avec les autres, les deux théories se tenaient, mais en règle général, à part une arrivée mouvementée sur l'île les premières semaines sont de la découverte, une nouvelle appréhension d'un monde qu'ils ne connaissent pas. L'arrivée est toujours mouvementée, car elle se fait dans le plus simple des appareils, et c'est souvent gênant. Sans doute que NIL garde les vêtements dans un coin de l'île, tu y penses même si tu ne sais pas vraiment. Pour ta part, tu as eu un crabe coincé dans ton intimité, et cela n'a pas été très agréable. Bref, Magnus n'était pas là où il lui avait été très fortement conseillé de se reposer, et ce n'était pas toi qui lui avait dit, non, mais d'autres personnes avec encore plus de prestance que toi, avec plus d'expérience encore même si depuis presque neuf années, tu en avais vu arriver du monde par ici, et qu'il en arrivait encore régulièrement. Lui, il était là depuis quoi, un mois environ, peut être même moins, tu ne sais plus tout à fait, tellement le temps passe vite. Tu as parfois du mal à te dire que tu es là depuis tout ce temps même si tu comptes précisément les jours, et que cela augmente donc régulièrement. Mais Magnus est bien là, dans sa tente, et ta présence ne lui plait pas du tout, cela ne t'étonne malheureusement pas, des petits gars comme lui, tu en as déjà croisé ici, et la plupart n'ont pas réussi à survivre longtemps en continuant à faire leur tête de caboche comme lui. Il peut se cacher derrière son masque de mauvaise humeur, car c'est dans sa nature, mais il ne peut pas agir comme bon lui semble, il y a certaines règles à respecter pour tout simplement survivre ici. Alors, tu réponds à son sarcasme.

" Oui, je me suis perdu devant l'entrée de ta tente. C'est bête, faut bien se l'avouer. Tu comptes te rendre quelques parts, n'est ce pas ? "

Tu sais déjà sa réponse à vrai dire, et tu ne l'empêcheras pas de quitter son lieu de vie, mais tu vas le faire raisonner pour qu'à l'intérieur de lui résonne perpétuellement un avertissement solennel. Il ne peut pas s'amuser à jouer de cette façon sur NIL, il ne peut pas, et il doit le comprendre, de force, ou de son plein gré. Mais tu ne lui tiendras pas la chandelle éternellement, tu veux bien faire des efforts, tu es patiente, mais au bout d'un monde, tu finis par lâcher. Enfin, pour l'instant, ce n'est que le début, malheureusement pour lui.

 





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Magnuscitizen
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Jeu 19 Juil - 15:21
Qu'est-ce qui marcherait le mieux pour la faire fuir ? Feindre une sympathie si superficielle qu'elle en deviendrait malsaine, ou se draper de ses sarcasmes et ignominies habituels en espérant l'effrayer ? Quelque chose lui disait que rien ne l'empêcherait de pénétrer l'intimité et les sentiments qu'il tentait si désespérément de préserver, comme une orchidée aux pétales ravagées que l'on prive délibérément de soleil. Ainsi, il se tût lorsqu'elle s'avança à l'intérieur de la hutte. Visiblement, le simple fait qu'il lui ait accordé de l'attention au lieu de se rhabiller et de s'éclipser avec morgue - ce qu'il aurait dû faire - suffisait à lui laisser penser qu'il tolérerait sa présence et son regard rempli d'espoirs stupides. Son visage était figé, comme si un gourou avait l'avait remodelé, érigé, façonné de manière à ce que nulle émotion ne puisse fissurer le masque, jaillir de l'abîme de ses yeux torves. Elle pouvait tenter de l'analyser autant qu'elle le voulait, il s'en foutait. Cela n'avait aucune importance. Il se connaissait à peine, alors peu de chance qu'une gourgandine aux yeux de biche ne puisse lui apprendre des vérités futiles sur lui-même.

Tess avait visiblement jugé pertinent de renchérir suite à sa provocation immature. Comme à son habitude, il resta impassible, comme si son visage était entièrement détaché de son palpitant carmin, de son cerveau et du sang qui voguait dans les veines bleutées qui pourfendaient sa silhouette pâle. Le jeune homme lui jeta tout de même un regard désabusé. Il ne s'était pas vraiment attendu à une réponse, encore moins à ce qu'elle entre dans son jeu qui n'en était pas vraiment un. Au delà de cela, Magnus n'avait même pas envisagé qu'elle se serait accrochée à lui à ce point. Avait-elle un quelconque pêché à expier ou une culpabilité étouffante à dissimuler ? Peut-être que c'était juste de la curiosité mal placée, une manière détournée de se glisser au plus près de la bête, d'entailler sa carapace à coups impitoyables de gentillesse qu'il n'avait jamais connue. Ses questionnements furent très vite trahis par le tressautement erratique de sa paupière gauche. La présence de Tess le rendait nerveux : lorsqu'il était seul, il n'avait pas besoin d'être sur ses gardes. Pourtant, elle avait l'air d'agiter le drapeau blanc; mais pour lui, rien que le simple fait d’empiéter ainsi sur son espace vital était une agression en soi.

Qu'elle ne s'inquiète pas. Après tout, il avait été béni et baptisé comme le bon petit suédois qu'il avait été. Il avait été béni avant les fractures, les hématomes, les abandons et les sacrifices. Magnus ne comprenait pas pourquoi à elle tenait à se mêler autant de ce qui ne la regardait pas. Elle n'avait pas autre chose à faire, à penser, à sauver ? Seuls les naïfs pouvaient penser qu'il y avait quelque chose à faire avec l'irrécupérable épave humaine qu'il était devenu. Cela faisait des années que Magnus se tenait au bord d'un abîme qui le fixait en retour de ses yeux amorphes, obscurs et aveugles. Il y avait jeté ses rêves, ses espoirs, ses silences. L'abîme dévorait tout, et ses tentacules nécrosées semblaient être déterminés à l'y faire chuter. Mais bon. Magnus apaisait sa terreur en s'imaginant que chacun avait son abîme : un jour ou l'autre, quelque chose se fissurait, les racines d'un esprit sain agonisaient, et le vide commençait son oeuvre de destruction. Personne n'était épargné. Encore moins ici. Un jour ou l'autre - et Magnus espérait pour elle que le funeste arriverait le plus tard possible - Tess comprendrait que le salut n'avait aucun intérêt.

" En effet, je comptais me rendre quelque part." Magnus marqua une pause, le temps de trouver ses mots et aussi sa canne. " Tu sais me rendre utile. Ne pas perdre mon temps. Et ne pas faire perdre celui des autres. " reprit-il d'un ton plus calme mais tout aussi narquois.

Magnus n'aimait pas les jeux de dupes et les dialogues de sourds. Il fit face à Tess et croisa ses bras dans un vain espoir de paraître intimidant.

" Si tu as une morale à prêcher, fais le maintenant. M'enfin, j'suis pas du matin, alors elle tombera probablement dans l'oreille d'un sourd. " siffla t-il en s'emparant de sa canne, qui avait roulé de l'autre côté de la hutte.

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Tesscitizen
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Profil Académie Waverly
Jeu 19 Juil - 18:05
Prends soin de toi et tu vivras






Sur son visage, tu lis déjà cette expression que tu n'aimes pas voir sur le faciès de quelqu'un. Même si la vie ici n'est pas toujours simple, tout le monde devrait s'apprécier, tout le monde devrait, mais lui, il fait partie de cette classe sociale qui ne veut pas de ces relations là avec les autres. Il s'exclut lui-même, pour se protéger des autres, de quelques choses, mais au fond, tu es persuadée qu'il peut faire mieux que ce qu'il fait actuellement, avec toi, avec les autres, avec tout le monde. Magnus n'aime pas les gens, il est toujours de mauvaise humeur, et n'en fait qu'à sa tête. Certains ont persisté dans cette voie là, et la plupart d'entre eux ne sont plus là. C'est triste, mais s'il persiste, s'il continue, NIL aura vite fait de le faire passer de vie à trépas. Elle l'a bien compris, elle s'est déjà jouée de lui avec cette jambe en compote, mais il ne veut rien comprendre, et surtout, il ne veut pas t'écouter Tess. C'est ta patience qui entre en ligne de compte, parce que tu l'es, jusqu'à un certain point, et pour le moment, tu es bien loin d'avoir atteint celui de non-retour, il ne le sait pas, mais toi tu le sais très bien. Tu vas être sur son dos pendant encore un petit moment, pour peut être réussir à lui mettre en tête qu'il vaut mieux qu'il reste calme, tranquille, chez lui, aujourd'hui encore. Sa jambe n'est pas suffisamment solidifiée pour qu'il agisse, pour qu'il fasse quelques choses pour la Cité. C'est compréhensible, il n'est pas demandé l'impossible ici, mais ça, il ne l'a pas encore compris, et déjà veut retourner dans la routine qu'il connait, dans laquelle il s'est désormais installé depuis plusieurs jours, quelques semaines. Tu es comme lui, tu ne peux pas rester sans rien faire, mais tu n'as pas eu de blessures aussi grave, si rapidement. En vérité, ils sont peu nombreux à avoir été dans son cas, ce qui t'inquiètes d'autant plus. Et si NIL agissait contre tout le monde dans le plus grand des hasards ? Normalement, elle devient plus virulente plus le temps passé ici est grand, mais si cette règle n'était dû qu'à l'imagination de tous ? Et si NIL pouvait être déjà virulente pour ceux qui s'amusent à la provoquer dès le début de leur présence ici ? Cette hypothèse me semble possible, probable même si tu n'as que le cas de Magnus en tête pour le moment, mais qu'en sera-t-il pour les prochains arrivants ? La cité est un endroit sûr, mais est ce que NIL va véritablement continué de s'en préoccuper ? Magnus restait en tout cas impassible, comme si rien ne pouvait l'atteindre, comme si son visage était figé dans la pierre, dans le marbre. Mais cela voulait tout dire pour toi, même si tu ne pouvais pas lire en lui comme dans un livre, son manque d'expression était une expression quand même. Tu ne l'intéressais pas, pas en agissant comme ça, voilà ce que ça voulait dire. Pourtant, il t'avait accordé un peu d'attention, il ne t'avait pas ignoré totalement, signe peut être qu'il te donnait une chance même si tu en doutais un peu, beaucoup même. Tu observais alors sa nervosité, son tic pour ainsi dire, sa paupière gauche, elle te faisait comprendre que tu le rendais nerveux, alors que pourtant, tu n'es pas là pour ça, c'est même tout le contraire. Il réponds à ta question, il avait bien l'intention de s'en aller. Il parla alors de perdre son temps, mais tu n'étais pas ici pour lui faire perdre son temps, bien au contraire. Tu allais lui en faire gagner, pas pour aujourd'hui, mais pour demain, après-demain et les jours à venir. Il avait besoin de repos pour pouvoir affronter l'île dans un futur plus proche si jamais il voulait en avoir un évidemment. Tu lui souris légèrement, il te fait face et en perds sa canne de fortune, il croise les bras, il veut te faire peur, il veut t'intimider, mais tu n'as pas peur de lui, au contraire. Tu trouves cette attitude soit disant hostile presque mignonne, il veut avoir raison, il veut te prouver que tu as tord, il veut se croire le plus malin, alors même si ce que tu vas lui dire tombera dans l'oreille d'un sourd qui n'est pas du matin et pourtant déjà debout malgré sa blessure, tu vas quand même la lui dire.

" Tu sais très bien que je n'ai pas de morale à te donner Magnus. Tu es assez grand pour prendre tes décisions, mais sache ceci. Tu es ici pour sans doute un bout de temps, alors si tu ne ménages pas ta monture, avec la blessure que tu as, tu risques de ne pas faire de vieux os sur l'île. Tu dois te reposer, maintenant, pour que demain tu puisses courir lorsque le besoin s'en fera sentir. Cela fait presque neuf ans que je suis ici. Tu n'es pas le premier à faire ton dur, celui que rien n'atteint. Mais regarde les gens qu'il y a ici. Est ce qu'il y en a qui joue à ce jeu là ? Non, parce que ceux qui ont cherché à s'entêter comme toi ne sont plus là pour te le dire, parce qu'ils sont morts ! Morts ! C'est ce que tu veux Magnus ? "

Ton regard est plus que jamais planté dans le sien. Tu sais déjà la réaction qu'il va avoir, il ne laissera rien paraître, mais tu espères le faire réfléchir un peu, pour qu'il se remette en question, juste ce qu'il faut. Tu feras le chemin avec lui, tu lui parleras de certaines choses, parce que tu doutes qu'il devienne raisonnable en un claquement de doigts.
 





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Magnuscitizen
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Profil Académie Waverly
Mar 24 Juil - 18:48

Le voile hautain qui épousait constamment son visage anguleux sembla se craqueler au fur et à mesure que Tess débitait ses paroles que se voulaient sans doute - Magnus voulait bien l'croire - percutantes et d'une certaine manière, un peu réconfortantes. Des pensées venimeuses avaient perverti son repos et l'avaient relâché totalement exténué au petit matin : heureusement qu'il avait de la volonté, car dans l'cas contraire, il se serait probablement écroulé aux pieds de la poupée à la peau laiteuse mais aux mains crasseuses. C'était la colère, plus que le reste, qui le faisait tenir debout : il fulminait à l'idée qu'elle puisse lui imposer sa connaissance - qu'il ne pouvait pas nier - des dangers qu'il courrait en voulant braver sa douleur et les menaces à peine voilées que NIL qu'il pouvait presque entendre susurrer dans l'intimité moite dans sa hutte : " Prêt pour un deuxième round, petit con ? ". Magnus ne pouvait ignorer l'aplomb de Tess. Ses yeux brillaient d'un feu que nul être humain, aussi misanthrope fut-il, ne pouvait éteindre. Cette fois, il n'était pas sûr de pouvoir lui tenir tête. Ses paroles étaient comme un tsunami inévitable qui s'abattait avec brutalité sur la moindre once de fierté et de détermination qui pouvait encore subsister en lui. Elle aurait pu le gifler avec un gant d'acier : cela aurait probablement été moins douloureux. Il détestait cette impression d'être rappelé à l'ordre, quoi qu'il fasse, où qu'il aille, peu importe le rôle qu'il tentait vainement d'endosser; il était un éternel perdant.

Un sourire confiant se dessina tout en ombres sur le visage hâlé de la jeune femme. Magnus prit le temps de détailler ses traits comme s'il admirait une statue grecque éméchée par le temps qui file, inexorable. Sans doute était-ce une manière inconsciente de la rendre mal à l'aise. Il se jeta dans son regard comme dans l'vide, un peu pour tenter de deviner quelles pouvaient bien être ses intentions cachées - elle aurait pu vouloir apaiser le chien errant pour s'en faire maîtresse, qu'est-ce qu'il en savait après tout - et surtout parce qu'il ne savait pas où poser les yeux : sa présence prenait toute la place et sa hutte en devenait à la fois trop spacieuse et trop exiguë. Elle avait déjà marqué des points en s'imposant dans la petite bulle qu'il croyait sienne. Cela le déstabilisait. Magnus aimait la routine, ce qui s'enchaîne de manière mécanique et prévisible : tout événement inattendu le mettait terriblement mal à l'aise, au point qu'il pouvait se refermer sur lui-même comme un coquillage apeuré. Pourtant, Tess n'avait rien d'impressionnant, au final. Son corps était frêle, mais probablement puissant, comme un roseau meurtri mais toujours animé par une force supérieure. Il la dépassait d'au moins deux têtes, mais se semblait amoindri par la résilience qui stagnait dans les pénombres de ses deux iris de jade, enclavés sous des paupières lourdes, comme si elles protégeaient un précieux trésor. Sa tonicité et la vivacité de son discours trahissaient une réactivité dont il manquait terriblement. L'habitude de se battre contre un danger bien plus grand que soi, probablement.

L'expression de son visage ciselé par un poignard des plus précis était limpide : elle attendait une réponse, un sourire, un hochement de tête, quelque chose qui laisserait penser qu'il avait assimilé le message. Magnus avait mal; un ectoplasme pernicieux semblait s'être lové dans sa gorge tendue, comme pour l'empêcher de parler. Il prit une grande inspiration, comme pour faire fuir ses vieux démons. S'interroger, ressasser les mêmes doutes et les mêmes malédictions qui l'écharpaient en permanence ne suffisait plus à étouffer le tiraillement dans sa jambe gauche, tenace et lancinant. Le roux s'appuya, sous couvert de désinvolture, sur sa canne de fortune; il avait la sale impression qu'un piège à loup s'était renfermé sur son tibia et que son agonie serait sans fin. Tess accepterait-elle un refus, aussi argumenté soit-il ? Magnus se connaissait. Buté comme il était, il était rarement capable de faire preuve d'un jugement connaître, surtout lorsque son bien-être était en jeu : il aimait bien trop se fustiger. Et surtout, il était bien trop fier pour accepter de l'aide. Son silence ponctué par des halètements erratiques  - tout en lui était électrique, il avait trop chaud, il n'arrivait même plus à respirer correctement - s'éternisait comme une sentence qu'il refusait d'accepter. Magnus voulait dire quelque chose, oui, mais les mots s'entêtaient à n'être que des pensées muettes. " Va te faire foutre ! "  C'était ce qu'il avait envie de scander, comme un mantra qui s'imposerait au prochain qui voudrait l'approcher. Au fond de lui, il savait bien que Tess avait raison, comment aurait-elle pu avoir tort ? Ce n'était que du bon sens, après tout.  Mais il ne méritait ni repos, ni paix, ni compassion. Il l'avait compris très tôt. Son père le lui avait répété maintes et maintes fois. Et lui aussi ne pouvait pas avoir tort.

Finalement, il secoua la tête. Au moment où un observateur avisé aurait pu croire qu'il allait enfin rompre son vœu de silence, il sortit de la hutte avec une vélocité étonnante pour un infirme. Il avait pris soin de contourner Tess et de résister à l'envie féroce de la pousser pour qu'elle comprenne bien son mécontentement. Ce serait particulièrement immature. Et de toute façon, il se sentait si faible qu'il en aurait probablement été incapable. Une fois dehors, Magnus glissa ses mains sur ses genoux et reprit son souffle. Pendant le discours de Tess, il avait été en apnée. A l'extérieur, son cœur avait aussitôt cessé d'être trop gros pour sa poitrine malingre. Yeux humides et rivés au sol, il ignora l'aube ostentatoire qui baignait le camp d'un faisceau sanglant et guerrier. Au loin, le ressac glissait sur le sable noir dans une cacophonie épouvantable. La nuit se mourrait dans le feu et il ne voulait pas en être témoin. Il savait que Tess l'avait suivi. Il s'y attendait. Sa respiration se faisait mélodieuse au fur et à mesure qu'il faisait le vide dans sa tête. Ne penser à rien. Juste au soleil qui allait s'abattre sur lui. Il avait froid et mal. Magnus avait très souvent eu froid et mal dans sa vie qu'il souhaitait enterrer plus que tout, mais il n'aurait jamais cru se retrouver dans le même état sur une île qui, à première vue, n'était qu'un avant-goût généreux du paradis. La sollicitude muette de Tess lui devenait insupportable. Il ne comprenait pas pourquoi elle souhaitait tant l'aider. Il était foutu.

- " T'as raison. J'suis un mort qui marche." Il avait envie de mordre, de déchirer ses belles paroles entre ses dents autrefois brisées. " Elle va me tomber dessus, tôt ou tard. Que j'me repose ou pas n'y change rien. Elle me voit. Elle sait que je suis faible. Je ne courrai plus, Tess. Je ne tiendrai pas neuf ans comme toi. Cette île..." Il se tut quelques instants. Dieu l'avait abandonné en cours de route mais son frère l'avait depuis recueilli avec magnitude. " C'est le Diable incarné, tu comprends ça ? Ça ne vaut pas la peine de se battre contre ça. Elle me prendra quand elle le voudra. J'suis qu'une proie à moitié dévorée pour elle. Ça l'amusera de me voir ramper, de me battre, et après ? " Magnus serra sans prévenir l'épaule de la jeune femme. " Bats toi pour des gens qui en valent la peine. Tu verras très vite qu'il vaut mieux me laisser tranquille. J'me rendrai utile et j'ferai chier personne. Mais tu verras que je n'ai pas grande valeur. Ne perds pas ton temps." Il répéta la dernière phrase en boucle, comme un automate peu convaincant et peu convaincu.        
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Tesscitizen
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Profil Académie Waverly
Jeu 2 Aoû - 18:26
Prends soin de toi et tu vivras






Le discours n'est pas anodin, tu l'as déjà sortie à tous ceux qui étaient comme lui, comme Magnus et parfois il a été compris, parfois, ils n'ont rien voulu entendre. Tu ne savais pas trop où positionner le jeune homme pour le moment, car finalement, il n'est pas là depuis longtemps mais déjà sur la sellette. Il le sait très bien, et tu ne fais que lui chatouiller les oreilles en parlant de cette façon. Tu ne veux pas lui faire la morale, tu veux juste lui faire comprendre certaines choses qu'il se doit de savoir, et s'il le désire, de les mettre en pratique. Avec sa blessure, il doit se reposer, un peu avant de repartir du bon pied, pour que son aventure ici dure un peu, et que peut être il puisse trouver une porte de sortie. Tu pourrais l'aider dans ce sens, à lui trouver une porte pour revenir chez lui puisqu'il ne semblait pas vouloir faire de vieux os ici. Mais peut être qu'il avait tout simplement l'intention de mourir ici, car déjà sa vie était bien trop lourde à porter sur ses épaules. Il n'était qu'un fantôme, et sans doute voulait-il en quelques sortes le rester. Qui se souciait vraiment de lui pour le moment ? Personne sans doute, à part toi, qui d'autres ? Tu ne connais pas exactement les relations qu'il a pu tisser avec les autres, mais tu sais qu'avec un caractère comme le sien, il n'est pas du genre à avoir trop d'amis, juste un ou deux, et quelques connaissances, car il ne fera pas les efforts pour plus que cela. Mais là, ce ne sont pas ses amis qui sont en jeu mais sa propre vie. Va-t-il simplement le comprendre ? Va-t-il vouloir le comprendre ? Tu en doutes malheureusement, mais c'est ainsi, tu ne peux pas le forcer à agir contre sa volonté. Il veut partir d'ici, il ne veut pas s'éterniser ici pour "travailler" alors qu'il n'est pas vraiment en état. Mais qui es-tu pour lui imposer le fait qu'il doit rester ici ? Personne, absolument personne, alors tu le scrutes, tu scrutes ses réactions après ton discours réaliste, mais dans lequel tu n'as pas mâcher tes mots. Il sait que tu as raison, il le sait, car tout ce que tu dis est d'une logique implacable, mais ce que tu ignores encore, est le passif de Magnus. S'il est comme ça, c'est pour une bonne raison, n'est ce pas ? Mais tu ne connais pas encore cela, tu ne sais pas si un jour tu arriveras à en connaître assez sur lui à vrai dire. Il n'est pas du genre très expansif même si tu le voudrais, avant tout pour son bien d'ailleurs, mais ça, tu as l'impression qu'il en doute, un peu, un peu trop même. A quoi réfléchit-il donc ? Tu ne le sais pas, mais tu sais que cela gamberge dans sa tête qui finit par secouer comme pour se dire que cela n'était pas la peine d'argumenter quoique ce soit, qu'il avait tord mais que ce ne serait pas aujourd'hui qu'il allait resté chez lui sans rien faire. Il prit soin de te contourner, sans te toucher, sans te pousser, sans doute pour te faire comprendre que ce n'était à toi qu'il en voulait, mais qu'il ne pouvait pas rester sans rien faire, qu'il voulait se sentir utile pour la cité. Mais peut être que les choses étaient différentes, tu ne saurais dire, peut être qu'il était juste incroyablement présomptueux et qu'il voulait garder des forces pour sa journée, trouvant donc inutile de te toucher. Mais tu n'allais pas le lâcher aussi facilement. Déjà tu le regardais et tu sentais qu'il n'était pas dans son assiette, alors tu ne disais rien, car il ne pourrait se retenir trop longtemps de te répondre de vive voix autrement que par des gestes mal coordonnés et balancés bizarrement à cause de sa blessure. Et c'est ce qu'il fit, il finit par te répondre et cela te fit du bien. Sans s'en rendre compte, il se livrait enfin un peu à toi, et même s'il n'en disait pas trop, tu tentais de lire entre les lignes, parce qu'il y avait beaucoup de choses à discerner. Mais son discours était bien vide, car le contenu n'avait pas véritablement de sens, mais aussi, parce qu'il n'en était pas convaincu lui même. Il avait pourtant compris certaines choses, mais il ne comprenait pas qu'il était possible d'agir d'une façon différente. Il avait fini par serrer ton épaule comme pour donner plus de poids à son discours, mais au contraire, cela ressemblait plus à un geste désespéré, celui de te faire décamper au plus vite alors que justement, tu n'en avais pas du tout envie, encore moins après ce que tu venais d'entendre. Alors, tu allais le sonder, pour tenter d'en savoir plus, pour confirmer tes doutes à son sujet, tes doutes à propos de sa vie d'avant.

" Tout le monde ici à une valeur Magnus, toi, comme les autres, il faut juste que tu t'en rendes compte, et tu auras plus de valeur si tu te reposes maintenant. Tu es dans la Cité, tu peux te reposer sans craintes. Il faut que tu le veuilles seulement mais cette île n'aura pas ta peau aussi facilement que tu le penses. Tu peux lutter pour avoir une belle vie ici, car c'est une renaissance pour toi. Oublie ce que tu as pu vivre avant d'atterrir ici, oublie les mauvais souvenirs, construit toi une vie meilleure sur NIL. Tu peux le faire, je peux t'y aider, mais je ne peux pas te forcer à agir contre ton gré. Mais je serais là, quand tu en auras besoin, car pour moi, tu représentes plus de valeur que tu n'en as à tes propres yeux. Je sais que ton coeur est bon, il faut juste que tu évacues la colère à l'intérieur. Il faut que tu apprécies ce que tu es, tu le peux, tu as le pouvoir de faire mieux que ce que tu le ne penses, et pour cela, il est préférable que tu te reposes ! Maintenant. "

Pendant ton discours, tu avais au début mis ta main sur la sienne, celle qui tenait ton épaule, puis tu l'avait relâchée pour montrer son esprit puis son coeur avant de poser ta main sur son épaule à lui, comme pour mieux lui faire comprendre que même si NIL s'était moquée de lui très vite, il valait mieux que cette île, mieux que quiconque ! Il lui suffisait de le croire, d'oublier sa vie d'avant et d'aller de l'avant, mais c'était plus simple à dire qu'à faire, car cela allait induire pour lui, certains efforts qu'il n'avait jamais dû faire auparavant.

 





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Magnuscitizen
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Lun 13 Aoû - 23:42
La tranquillité de l’aube devenait presque un supplice. La bile brûlait au fond de sa trachée. Il n’avait pas bu, pas mangé depuis deux jours déjà. Il ne se pensait pas si chochotte, mais il s’avérait que les douleurs perpétuelles lui coupaient l’appétit. Si Magnus avait été de nature raisonnable, il se serait forcé à s’alimenter; mais la force lui manquait. Ses pulsions de survie étaient aussi peu profondes qu’un air de piano désaccordé. Il se remettrait sûrement de ce désagrément : il était bien trop borné pour crever aussi facilement. Allergique aux tombeaux et aux cendres, aux prières et aux hommages, aux larmes de crocodiles et aux souvenirs nostalgiques et inexacts. Magnus aimerait avoir la force d'être en colère, mais le tumulte se fit silencieux alors que ses mains glissèrent sur son visage. Elles étaient fraîches. Bienvenues. De loin, il devait paraître fou, voire même désespéré, il en était parfaitement conscient. Ça lui en faisait, une belle jambe... Les autres pouvaient bien penser ce que le diable leur soufflait : il ne devait pas être le seul imbécile à craquer lors de ses premiers jours dans les limbes. L'injustice de la chose le frappa de plein fouet : alors qu'il pensait enfin être en paix, dans sa solitude de misère, on l'arrachait de là pour le jeter dans un puits sans fond.

Décidément, la situation était cocasse. Magnus n'arrivait pas à se rappeler de ce type à qui l'on avait dédié un théorème tant il était malchanceux : en tous cas, il représentait une sacrée compétition, vu sa scoumoune actuelle. Peut-être qu'il avait offensé quelqu'un, peut-être qu'il avait, sans le vouloir, sali la mémoire d'une lointaine aïeule au regard de félin, brûlée vive lors du grand tumulte, il y a des siècles de cela. Peut-être que le mauvais œil était une simple histoire de famille, un héritage malveillant que l'on se trimbalait sans le vouloir. Cela expliquerait enfin l'incapacité plutôt impressionnante de ses géniteurs à mener une vie respectable. Ou tout simplement, les choses étaient ainsi faites et il n'y avait rien ni personne à blâmer ou à fustiger. Ce qui était assez triste, dans l'fond. Magnus aurait aimé rejeter la faute sur quelqu'un. Mais il n'y avait absolument personne; juste lui. Lamentable infirme qu'il était, avec ses yeux remplis de vacuité et son comportement d'animal traqué.

Magnus ignorait si NIL était une entité réellement dotée d'intelligence ou si elle ne faisait qu'obéir à une instinct de chasseresse : dans le premier cas, elle devait se régaler. Le psyché humain était si facile à terrasser. Il suffisait d'y distiller quelques doutes, de glaner quelques peurs enfouies dans un tiroir obscur d'une mémoire branlante et de les raviver cruellement au moment opportun. L'incertitude mêlée à la terreur s'avérait être l'arsenic des esprits. NIL savait-elle réellement analyser leurs réactions afin de mieux les piéger ? Sentait-elle leur peur, comme un prédateur ? Ou agissait-elle selon une technique bien rodée ? Le jeune homme ne souhaitait pas réfléchir à la question qui le taraudait depuis quelques nuits déjà : était-il assez malin, assez résistant pour espérer sortir victorieux de cette confrontation sans fin avec l'île ? Était-il un perdant par défaut ? Ce questionnement dangereux soulevait une irritation sourde en lui; comme s'il n'était pas déjà assez agacé, il fallait qu'il en rajoute en se tourmentant.

Magnus s'en voulait d'avoir laissé croire à Tess qu'il était ouvert à la discussion. Maintenant qu'il avait prononcé ce discours sans queue ni tête - c'était les paroles les plus longues qui avaient quitté ses lèvres depuis des mois - il était obligé de l'écouter, de lui répondre, de faire valoir une raison pertinente à son refus qui n'était plus qu'un relent d’ego brisé. Il avait l'impression de l'entendre sans réellement assimiler son propos; un peu comme si une main sombre le forçait à ployer sa tête sous l'eau. Ses paroles étaient comme déformées, comme suintantes d'hypocrisie alors que quelque chose susurrait à Magnus que la jolie Tess était certainement incapable d'en faire preuve. Magnus prit sa main et la retira; sa folie passagère l'avait poussé à la toucher, mais il était hors de question qu'elle pose ses doigts sur lui, même par affection, même sur son tee-shirt, même si c'était un geste inconscient. Il détestait qu'on le touche, qu'on l'effleure, qu'on essaye de le charmer, de l’apprivoiser, comme s'il n'était qu'un chiot qui allait geindre et se rouler par terre à la moindre caresse.

Le pire dans tout ça ? C'était qu'il ne comprenait pas tout ce qu'elle lui disait. Certains sons avaient été bouffés par les autres, certains termes n'avaient aucun sens, son accent était trop marqué pour qu'il la comprenne totalement. Magnus prit le temps de réfléchir avant de répliquer. Il devait faire en sorte qu'elle le croie capable de prendre correctement soin de lui. Or, ce n'était pas en braillant comme un dément qu'il allait la convaincre de sa bonne foi. D'un côté, il était touché, sans trop le vouloir. Elle ne le connaissait pas et avait toutes les raisons de ne pas l'apprécier : après tout, il était grossier, instable et irascible. Pourtant, elle lui avait dit des choses qu'il n'avait jamais entendues auparavant. Ça le remuait d'une manière fort désagréable.

" Je n'ai pas besoin de ma jambe pour fabriquer des... trucs. Je me suis assez reposé comme ça. Je ne veux pas que l'on pense que je profite de ma blessure pour ne rien faire. " admit-il à contrecœur.  

Il se gratta le cuir chevelu. Ses cheveux roux semblaient en flammes, à la merci de l'aube. Il avait plus ou moins accepté de s'ouvrir, pour le moment du moins.

" Tu es marrante, toi. T'es propre sur toi-même, toute mignonne. Tu veux savoir la différence entre toi et moi ? J'viens d'arriver, pourtant j'suis bien plus désespéré. Alors je fais comment, pour évacuer ma colère et mes mauvais souvenirs ? " rétorqua t-il d'un ton passablement moqueur et en mimant des guillemets. " Je me sers d'un baobab comme d'un punching-ball ? Oh, non, tu vas me servir de psy, c'est ça ? " poursuit-il.

Il était en train de rendre les armes et ça se sentait. God damn it, Tess.

" Tu n'es jamais déçue ? D'accorder autant de confiance à de parfaits inconnus ?" finit-il par demander d'un air bougon.  
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Tesscitizen
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Lun 20 Aoû - 18:21
Prends soin de toi et tu vivras






Tu voulais le raisonner pour qu'il comprenne le pourquoi. Il devait se reposer, au moins encore quelques jours pour que sa jambe se consolide suffisamment pour que la suite de son périple sur NIL se passe bien, ou mieux. Mais il était encore plus borné qu'un âne qui ne voulait pas avancer alors même qu'on lui mettait une carotte devant le nez. Bien entendu que tu ne le compares pas vraiment à un âne pour son côté physique, mais bien pour son entêtement. Certains animaux sont plus têtus que d'autres, certains humains aussi, par encore plus d'aspect, et Magnus faisait clairement partie de cette catégorie là. Toi aussi, tu es parfois têtue, mais pas de sa façon à lui, car s'il veut absolument se rendre sur son lieu de travail pour faire quelques choses d'utile de son temps, toi, tu restes là, à lui parler, et c'est clairement une sorte d'entêtement si tu réfléchis bien à la chose. Tu préfères être têtue de cette façon quand même, te montrant raisonnable quand il le fallait, contrairement à lui. Mais tu savais que s'il le désirait ardemment, il pourrait se montrer raisonnable, cela ne se fera pas en claquant des doigts, du jour au lendemain. Tu sais qu'il faudra du temps, alors, même si aujourd'hui, il te fait comprendre qu'il ne veut plus te voir, que tu n'as rien à faire avec lui, tu reviendras, pas trop vite, juste ce qu'il faut pour qu'il comprenne la valeur qu'il doit avoir sur cette île, dans la communauté de la cité. Mais peut être que jamais il ne voudra se l'admettre et qu'il finira par péricliter de façon totale et absolue. A ce moment là peut être que tu pourras lancer un : " Je t'avais prévenu ! " Mais Magnus s'en fiche, tu pourrais lui caresser les oreilles dans n'importe quel sens. Tu sais qu'il est humain, qu'il n'est pas totalement insensible à ce que tu peux lui dire, mais le plus difficile là dedans c'est qu'il l'accepte dans son coeur. Il a de la valeur, il vaut plus que ce qu'il pense contrairement à ce que son passif en dehors de l'île peut lui dire. Il doit l'oublier, aller de l'avant, prendre un nouveau départ. Mais le veut-il vraiment ? Tu ne le penses pas, et c'est ce que sa réponse signifie.

Il n'a pas besoin que sa jambe soit en état pour fabriquer des "trucs" comme il dit. Il n'a pas vraiment tord, mais ce qu'il ne comprend pas, c'est qu'il risque d'aggraver la blessure s'il agit de la sorte, sous peine de peut être perdre la jambe et la vie en même temps. Il pensait que tout le monde allait le prendre pour un fainéant s'il se reposait trop, mais ce ne sera pas le cas. Sa blessure n'est pas anodine, il a besoin de repos pour retrouver pleinement l'usage de sa jambe. Il le sait mais il ne l'admet pas. Il s'en gratte le cuir chevelu, presque pour te dire qu'il est désolé de te dire ça mais qu'il ne peut pas dire autres choses, ça n'irait pas avec sa personnalité, même s'il sait pertinemment que tu as raison, tu ne le feras pas changer d'avis si rapidement. Il cherche visiblement quoi dire de plus. Si ta victoire est loin d'être acquise, tu sais que tu es sur le bon chemin, car il ne reste pas dans le silence, il parle même si ses paroles ne reflètent pas complètement ses pensée. Elles sont là pour se débarrasser de toi, mais ça ne fonctionnera pas. S'il ne le sait pas, il va le savoir. Il dit donc que tu es marrante, mais tu ne retiens pas cela, tu retiens la suite, le fait qu'il est désespéré, que pour repartir du bon pied, il lui faudra du temps, plus de temps encore. Il en aura à foison et tu seras là pour l'aider. Il pourrait se défouler sur un baobab, l'idée pourrait se faire, mais il risque de se faire mal. Presque implicitement, il te demandait de jouer le rôle du psy, un rôle que tu as déjà pris pour d'autres que lui, un rôle qui te va bien, mais ce n'est pas forcément ce rôle là que tu pourrais avoir pour lui, pas complètement. Tu ne lui réponds pas encore, il n'a pas fini, tu le laisses donc faire. Et sa question est incroyable. Tu ne pensais pas qu'il allait te sortir cela, non. Mais tu ne lui fais pas plus confiance qu'à un autre. Tu agis comme cela avec tout le monde car tu sais ce que chacun vaut, et ici, sur NIL, tout le monde vaut le même prix, un prix que jamais tu n'abandonneras, quelques soit le caractère de la personne en face de toi.

" Ta blessure n'est pas anodine Magnus, personne ne va croire que tu te reposes sur tes lauriers si tu restes chez toi. Regarde-toi. Tu vois très bien que tu as même du mal à te déplacer, alors ces trucs, quelqu'un d'autres pourra les faire pendant encore quelques jours ne t'en fais pas pour ça. Tu n'as pas à rester désespéré comme tu peux l'être. Ce n'est pas facile d'évacuer ce genre de choses, je ne dis pas que cela va se faire simplement en claquant des doigts, mais il faut que tu profites d'être ici pour te reconstruire. Si tu penses avoir besoin d'un sac de frappe, je peux t'en procurer un pour que tu puisses évacuer plus facilement ta frustration. C'est à toi de choisir qui tu veux être ici, mais avec ta détermination, tu peux devenir quelqu'un de bon, j'en suis persuadée. Si par le passé personne ne te l'a dit, c'est dommage, mais je suis sûre que tu peux t'ouvrir au monde. Je ne te fais pas plus confiance qu'à un autre, ici, nous sommes tous égaux. Personne n'a plus de valeurs que les autres, mais certains se pensent inférieurs, alors j'essaye de faire en sorte que ce ne soit plus le cas. "

Et tu t'approches de lui, déposant un baiser sur sa joue droite, comme pour l'attendrir même s'il n'aime pas forcément les contacts. Tu ne veux pas forcer les traits, tu veux juste qu'il se rende compte par lui-même tout le potentiel qu'il pourrait avoir ici. Et tu sais qu'il en a derrière cette carapace qu'il a construit depuis des années, derrière cette armure d'indifférence. Tu veux juste polir cette armure, garder ce qu'il y a de bon de celle-ci et enlever les mauvaises choses pour qu'elle soit parfaitement adapter à NIL.


 





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Magnuscitizen
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Dim 16 Sep - 17:48
Toute sa vie, le choix lui avait été retiré. Il s'était laissé trimbaler. Le pire dans tout ça ? C'était que ça lui avait convenu. Il avait temporisé son angoisse du contact physique en se disant que de toutes façons, personne ne voudrait jamais de lui. Il s'était dit que s'il était malchanceux, c'était qu'il n'y avait rien à faire : Dieu s'était mis en travers de son chemin, comme pour lui intimer de ne pas tenter de se hisser au Paradis de nouveau. S'être laissé faire lui avait ôté le sens des responsabilités. La déconvenue n'en avait été que plus grande lors de sa convalescence : à présent, c'était se battre, ou mourir. Laisser la douleur et la fièvre le terrasser ou en ressortir plus fort, plus robuste, prêt à en découdre. Magnus était buté, c'était un fait. Un peu comme un nourrisson que l'on tentait désespérément de noyer, il parvenait toujours à glisser son corps frêle hors des mains puissantes de ses détracteurs. Comme tous ceux qui survivent, il était plus fort que la vie et que la mort. Comme Tess, comme Percy, comme Nokomis et comme tous ceux qui, bien malgré eux, lui tenaient compagnie sur cet arche de Noé que nul n'avait réclamé. Le destin est une loterie bien amère car l'on ne demande jamais à y participer. Ici, il fallait à la fois être léthargique et combatif. L'acte de même d'exister devenait éprouvant.

La survie n'était pas gratuite : aux yeux de Magnus, le prix était simple. Il fallait se sortir les doigts du cul. Il l'avait déjà fait, quand il dormait dans la rue. Son obstination l'avait poussé à rechercher activement un foyer pour dormir la nuit, à repérer les coins solitaires, les poubelles les mieux remplies. Il avait essayé de trouver un emploi, même un job à mi-temps dont personne ne voulait , pour garder la tête hors de l'eau, pour pas que la société ne l'oublie totalement, pour pouvoir rebondir un jour ou l'autre. Ce n'était pas la volonté qui avait faibli en premier - aussi étonnant que cela puisse paraître, celle-ci pouvait s'avérer indéfectible, peu importe le fracas des petits cataclysmes d'une vie humaine - mais bel et bien le moral. La solitude et la fatigue l'avait emmuré dans une sorte de dépression qu'il avait tant redouté. Il était tombé dedans en s'en rendant compte, ce qui était vraiment effrayant. Comme chuter dans l'vide au ralenti, sans personne pour vous tendre la main. L'histoire se répétait. Son infirmité pouvait devenir un moteur ou un fléau. Le choix lui était propre. Pour une fois, Magnus était capitaine de son propre navire. Pas d'équipage ni de vent favorable, juste lui, un jeune loup de mer aux dents acérées, face à une vague qui ne demandait qu'à ce que l'on danse avec elle.

Et voilà qu'il se découvrait une âme de poète. Il n'était pas sorti de l'auberge.

Le jeune homme décida de focaliser de nouveau sur attention sur Tess. Habituellement, les autres ne l'intriguaient que très peu. Non pas qu'il fut autocentré, loin de là : Magnus se fichait de ce qu'il pouvait bien lui arriver. Néanmoins, il préférer s'interroger sur les fonctionnement des choses et sur le présent plutôt que de s'attarder sur ce qui avait façonné les êtres qui l'entourait. Malgré tout, il ne pouvait s'empêchait de se demander comment avait réagi Tess lors de son arrivée sur l'île. Elle n'avait pas l'air d'être le genre de personne à faire une crise de nerf devant l'insoluble. Elle n'avait pas l'air d'être de ceux qui fuient la réalité et tentent de maintenir le cocon dans lequel ils avaient confortablement vivoté jusque là. Sans doute avait-elle pris les choses en main dès son arrivée. Ça avait l'air d'être son genre. Il était certain que la petite fabrique à espoir qui subsistait en son sein était devenue indispensable au fonctionnement de la Cité. Il y avait quelque chose dans l'éclat placide de ses prunelles qui indiquait que les labyrinthes caractéristiques des errances de l'être humain ne lui faisaient pas peur. Elle estimait certainement qu'il y avait une voie à suivre et que celle-ci s'avérerait toujours la bonne lorsque viendrait la fin.

Quant à Magnus, il n'avait toujours pas choisi sa voie.

Sa voie, ce n'était sans doute pas le baiser que Tess avait déposé avec grâce sur sa joue. Il s'écarta un peu trop vivement, comme si un serpent l'avait mordu. Il n'avait pas peur des femmes, mais n'en voulait pas. Il n'avait pas tant peur que de ça de l'affection, mais la craignait et l'acceptait à réticence. Malgré tout, il supposa que malgré les augures, il était en bonne voie pour construire une amitié avec Tess. Curieuse sensation.

" Je... euh... merci." finit-il par marmonner.

Il était incapable de dire autre chose. Il était à cours de mots.

" Est-ce que je peux te rendre un service ? " proposa t-il avec empressement.

Il se sentait mal et avait besoin de donner quelque chose en retour. Ça le démangeait comme une gale.

" Et... Je sais que j'ai l'air, euh... complètement fou. Mais pas tant que ça. " ajouta t-il, un sourire gêné aux lèvres roses.

Il voulait dire névrosé, mais n'avait pas encore le vocabulaire adéquat. Cela viendrait avec le temps. Nokomis avait un don d'enseignante, mais si elle semblait vouloir le démentir.  
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